Internationalisme et anti-impérialisme

Défendant une position anti-impérialiste, les brigadier-ère-s se mobiliseront par la suite, lors des guerres coloniales des années 1960 et 1970 (Indochine, Algérie, entre autres), contre les dictatures (le Portugal de Salazar, la Grèce des Colonels ou le Chili de Pinochet) et de nombreuses brigades furent organisées pour appuyer les mouvements de libération nationale et les projets de construction révolutionnaire des années 1980 en Amérique centrale (particulièrement au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala) (53). Au Québec, cet internationalisme prend racine au sein du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) (54), créé en 1975 pour tisser des liens entre les mouvements sociaux québécois et les luttes de libération nationale qui se mènent à travers le monde.

Parallèlement, le mouvement de Mai 68 porte ses fruits et le mouvement internationaliste se dissocie des diktats autoritaires marxistes qui orientaient jusqu’alors son action. Car, faut-il le mentionner, les projets de solidarité internationaliste, dans un contexte de guerre froide, étaient largement orientés par les politiques de l’URSS.

Les initiatives internationalistes de type anti-impérialiste se manifestent encore de nos jours dans des projets d’accompagnement international dans des zones de conflits. Ces nouvelles brigades mettent de l’avant des positions antimilitaristes et n’hésitent pas à dénoncer les intérêts étrangers qui alimentent les conflits armés.

Le Projet accompagnement solidarité Colombie (PASC) utilise ainsi la stratégie de l’accompagnement international en tant que mécanisme de protection pour les militant-e-s locaux et en tant que moyen de pression internationale :

La présence physique internationale sur le terrain représente un appui important pour les communautés et organisations qui affirment leurs droits en tant que population civile vivant au sein d’un conflit armé; elle sert de mécanisme de protection contre les incursions et menaces des acteurs armés légaux et illégaux. L’accompagnement, en tant qu’appui politique aux processus de résistance, crée de plus un espace d’échanges en vue de tisser des liens solidaires entre les mouvements sociaux du Nord et du Sud. (55)

Avant lui, le Projet accompagnement Québec-Guatemala (56) avait adopté cette stratégie dès 1992.
Pour sa part, l’International Solidarity Movement (ISM) organise des brigades de présence internationale dans les territoires de la Palestine occupée :

Comme il est stipulé dans le droit international et dans les résolutions de l’ONU, nous reconnaissons aux Palestiniens le droit de résister à la violence israélienne et à l’occupation par tout moyen armé légitime. Cependant, nous pensons que la non-violence peut être une arme puissante pour combattre l’oppression et nous nous sommes engagés sur des principes de résistance non violente.(57)

En réponse à la menace d’invasion militaire de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés, le Projet solidarité Irak (PSI) a été mis sur pied à Montréal. Le PSI a réalisé plusieurs missions entre 2002 et 2004 pour « surveiller les activités des forces d’occupation et les projets de reconstruction (sic) de l’Irak et fournir un accompagnement international aux Irakiens et aux Irakiennes sous occupation. »(58) (Le PSI a mis fin à ses activités en 2004 pour des raisons de sécurité.)
Enfin, les Brigades de paix internationale (PBI) (59), créés au Canada en 1981 sont également un exemple de ces nouvelles « brigades ». PBI propose une structure horizontale avec prise de décision par consensus où des militant-e-s de divers pays se rassemblent sur la base des principes de non-violence, non-ingérence et non-partisanerie, pour mettre sur pied des projets d’accompagnement international à la demande des organisations sociales victimes de répression politique.
Il importe néanmoins de souligner que ces initiatives sont généralement le fait de militantes occidentales et se déploient donc, règle générale, du Nord vers le Sud. Par exemple, dans leur étude portant sur PBI, Mahoney et Eguren mettent en doute l’illusion d’égalité au sein de PBI, puisque seuls les citoyen-nes de certains pays peuvent se permettent de participer à des actions de désobéissance civile et recourir aux pressions diplomatiques nécessaires à leur propre sécurité sur le terrain (60). Cette critique s’adresse évidemment à l’ensemble de la stratégie d’accompagnement international.

PARCOURS DE SOLIDARITÉ
À ses débuts, le PASC faisait de l’accompagnement uniquement auprès de communautés afro-descendantes de la province du Choco en Colombie. La première fois qu’une candidate noire a approché le PASC, cela nous a obligés à reconnaître notre blanchité. Tous les accompagnateurs et accompagnatrices étaient jusqu’alors de peau blanche. Il nous semblait plus dangereux de faire de l’accompagnement pour une personne de peau noire. Une partie importante de la stratégie de protection de l’accompagnement repose sur la visibilité de l’accompagnateur-trice, étant donné que les acteurs armés doivent rapidement voir qu’il y a une présence internationale au sein de la communauté. Cette visibilité passe, bien malgré nous, par la couleur de peau de la personne, qui se distingue de la population locale. Depuis, des moyens de protection doivent être pris par tous les accompagnateur-trice-s, comme le port du chandail blanc identifiant notre organisation en tout temps, afin de rendre plus évidente la présence d’un-e ressortissant-e canadien-ne sur les lieux.
« Ramenons la guerre à la maison! »
 « Ciblons les profiteurs de guerre! »

Une puissante industrie privée de l’armement prospère sur le dos des contribuables de tous les pays. Au Québec par exemple, de grandes corporations, telles Bombardier, CAE, SNC-Lavalin, Bell Helicopter, Oerlikon, etc., ont déjà commencé à bénéficier de contrats très lucratifs (849 millions $ à Bell Helicopter et jusqu’à 750 millions $ à Oerlikon) avec l’augmentation des budgets militaires canadiens. i Fédération des femmes du Québec.

Pour certains groupes, la meilleure façon de contrer l’effort de guerre consiste à la « ramener à la maison », symboliquement tout au moins, en confrontant les entreprises canadiennes qui profitent de la guerre et les politicien-ne-s qui y envoient les soldat-e-s. C’est le cas du réseau Guerre à la Guerre qui vise « à dénoncer l’intervention canadienne en Afghanistan, et les visées impérialistes des puissances occidentales impliquées dans ce conflit »ii. Ce réseau a déployé différents moyens de pression tels que des actions contre le recrutement dans les écoles et l’envoi de lettres aux familles de soldat-e-s ou encore, une manifestation en juin 2007 lors du départ des troupes de Val-Cartier. Pour sa part, Bloquez l’empire s’attaque aux profiteurs de guerres en s’invitant – afin d’y réaliser des coups d’éclat – dans les conférences organisées par ces entreprises, think tanks et décideurs. Bloquez l’empire s’assure également de rendre visible l’analyse anticoloniale des conflits au sein des mouvements pacifistes en organisant des contingents anti-impérialistes dans les manifestations contre la guerre.(63)

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53 « Des Brigades internationales aux sans-papiers… » Actes des rencontres internationales Henri Curiel.
54 Site web du CISO : www.ciso.qc.ca
55 Projet Accompagnement Solidarité Colombie, « Notre mission ». [En ligne] www.pasc.ca
56 Site web du PAQG : www.paqg.org
57 Mission de ISM tel que décrite sur son site français : www.ism-france.org
58 Projet Solidarité Irak. 2003. « Urgent: contribuons au Projet Solidarité-Irak », Communiqué du 5 août. Centre des
médias alternatifs du Québec. [En ligne] : http://quebec.indymedia.org/fr/node/13043 (Consulté le 19 janvier 2011.)
59 Site web de PBI: www.peacebrigades.org
60 Mahony et Eguren, Unarmed bodyguards…
61 Fédération des femmes du Québec, Femmes et guerres…
62 Guerre à la Guerre. « Qui sommes nous » [En ligne] www.guerrealaguerre.resist.ca
63 Bloquez l’empire. [En ligne] blocktheempire.blogspot.com