1.2 L’hégémonie de la normalité

Bien que la Constitution canadienne garantisse les mêmes droits aux différents individus jouissant de la citoyenneté canadienne, la sphère publique reste néanmoins imprégnée d’une norme universelle, d’un humain « normal », d’un groupe présenté comme majoritaire, où tous et toutes ne sont pas représentés de façon égalitaire. Comme l’exprime Lise Noël, historienne québécoise : « L’oppresseur incarnant la plénitude de l’existence, c’est souvent par un manque ou par un défaut de nature que se précise l’identité du dominé. »-16- Cette construction du normal est axée sur les hommes, blancs, adultes, chrétiens, hétérosexuels, en bonne santé, parlant anglais et/ou français, et jouissant de revenus leur permettant d’assouvir beaucoup plus que leurs besoins fondamentaux. Ce Canadien type est élevé au rang de norme constituant la majorité, bien qu’il ne représente dans les faits qu’une mince couche de la population. Les catégories sociales auxquelles il appartient – homme, Blanc, classe moyenne ou bourgeoise, hétérosexuel, etc. – lui assurent une position hégémonique au sein des rapports sociaux, ce qui lui permet de jouir de privilèges refusés aux « Autres ». En effet, celles et ceux qui ne participent pas de ces catégories dominantes sont identifié-e-s comme étant les Autres, les minorités, voire les marginaux, et à l’occasion les anormaux. Cette norme universelle s’applique également au niveau mondial où l’homme blanc hétérosexuel écrit l’Histoire et jouit de la position hégémonique, malgré son statut minoritaire.

> Hégémonie Antonio Gramsci se réfère à l’hégémonie culturelle en tant que processus par lequel un groupe ou une classe sociale impose ses règles aux autres, en définissant ses propres intérêts comme étant le sens commun. Cette classe dominante légitime et perpétue ainsi son pouvoir sur les autres groupes sociaux.

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16- Noël, L’intolérance, p. 23.